Les lésions obstétricales du sphincter anal (LOSA) : mieux comprendre pour mieux accompagner les femmes

Les lésions obstétricales du sphincter anal (LOSA) : mieux comprendre pour mieux accompagner les femmes

Les lésions obstétricales du sphincter anal (LOSA), anciennement appelées déchirures périnéales du 3ᵉ et du 4ᵉ degré, restent une complication méconnue de l'accouchement par voie basse. Pourtant, elles concernent près de 6 000 femmes chaque année en France et peuvent avoir des conséquences importantes sur la qualité de vie à court, moyen et long terme.

Si la réparation en salle de naissance est aujourd'hui bien codifiée, le suivi des femmes après une LOSA reste encore insuffisamment structuré. Or, les sages-femmes et les kinésithérapeutes spécialisés en pelvi-périnéologie ont un rôle majeur dans le dépistage, l'accompagnement et la prévention des complications.

Qu'est-ce qu'une LOSA ?

Une LOSA correspond à une déchirure périnéale qui atteint le sphincter anal lors de l'accouchement. Elle regroupe les déchirures de grade III (atteinte du sphincter anal externe et/ou interne) et de grade IV (atteinte du sphincter anal et de la muqueuse ano-rectale).

En France, elles représentent environ 0,8 % des accouchements, mais leur fréquence est probablement sous-estimée en raison de lésions parfois non diagnostiquées immédiatement.

Pourquoi ces lésions sont-elles importantes ?

Les conséquences d'une LOSA ne se limitent pas au postpartum immédiat.

Certaines femmes développeront des douleurs périnéales persistantes, des dyspareunies, des troubles de la continence ou, plus rarement, une fistule recto-vaginale.

L'incontinence anale constitue la complication la plus redoutée. Les données de la littérature montrent que son incidence augmente avec le temps : jusqu'à 61 % des femmes ayant présenté une LOSA développeront une incontinence anale dans les 15 à 25 années suivant l'accouchement.

Ces chiffres rappellent que l'absence de symptômes dans les semaines qui suivent la naissance ne garantit pas l'absence de séquelles futures.

Quels sont les facteurs de risque ?

Plusieurs facteurs augmentent le risque de LOSA :

  • premier accouchement (nulliparité) ;

  • extraction instrumentale (forceps ou ventouse) ;

  • macrosomie fœtale ;

  • présentation postérieure ;

  • travail prolongé ;

  • antécédent de LOSA.

Il est important de rappeler qu'une LOSA peut également survenir chez une femme sans facteur de risque identifiable.

Quel rôle pour les sages-femmes et les kinésithérapeutes ?

La prise en charge ne s'arrête pas à la suture obstétricale.

Les professionnels du suivi postnatal occupent une place essentielle pour :

  • repérer précocement les signes d'alerte ;

  • informer les patientes sur les symptômes à surveiller ;

  • accompagner la cicatrisation et la reprise des activités ;

  • proposer une rééducation pelvi-périnéale adaptée lorsque celle-ci est indiquée ;

  • orienter vers une équipe spécialisée en cas de symptômes persistants.

L'écoute des patientes est particulièrement importante, car les troubles de la continence restent encore largement sous-déclarés en raison de leur caractère intime.

L'importance d'un suivi à long terme

La littérature souligne aujourd'hui l'intérêt d'un véritable parcours de soins après une LOSA.

Au-delà de la réparation initiale, une information claire, un dépistage régulier des symptômes et une prise en charge précoce des complications permettent d'améliorer durablement la qualité de vie des femmes.

Le développement de consultations spécialisées dédiées aux LOSA constitue une piste prometteuse pour répondre à ce besoin.

En conclusion

Les lésions obstétricales du sphincter anal ne doivent plus être considérées comme une complication uniquement obstétricale.

Leurs répercussions peuvent apparaître plusieurs années après l'accouchement et nécessitent une prise en charge multidisciplinaire.

En travaillant ensemble, sages-femmes, kinésithérapeutes, obstétriciens et chirurgiens contribuent à améliorer le dépistage, le suivi et la qualité de vie des femmes concernées.

Parce que le véritable enjeu n'est pas seulement de réparer une lésion, mais d'accompagner durablement la santé pelvi-périnéale des patientes.

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